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ENTREVUE
- Passe-Partout 3 novembre 1999
Plus «bête de scène» que jamais, la Belle est de retour... Quelques rares apparitions au piano, le temps d'un récital, dix années d'attente entre deux albums, en voilà assez. La «Belle» aurait-elle décidé de poser carrière qu'elle n'eût agi autrement. Soudain, comme si elle avait quitté son public avant-hier, revoici cette «Parisienne» nouvel album en mains et concerts à l'horizon. Faut-il qu'on l'aime pour faire preuve d'autant de patience! Mieux vaut tard que jamais, Marie-Paule Belle a repris le chemin des studios et des salles de spectacle. L'artiste, toujours fidèle aux talents de Françoise Mallet-Joris et Isabelle Mayereau, propose cette fois un CD pour lequel Laurent Ruquier a apporté sa collaboration. Ruquier, l'abrasif, le caustique, celui-là même qui nous avait habitués à un tout autre type de parodies tant radiophoniques que télévisées, diversifie son talent et surprend de romantisme et d'humour. A savourer sur cet album, certaines chanson «revisitées» comme «Antonio Carlos Maria Brésil», «La petite écriture grise», sans oublier «Une autre lumière», une composition intégralement écrite par Marie-Paule et où elle rend un émouvant hommage à Barbara. Mais, s'il nous en souvient, Marie-Paule Belle n'en est pas à son coup d'essai en fait d'écriture de textes? Sans aucun doute, j'écris des chansons depuis l'âge de 10 ans! Je faisais alors partie d'une bande de mômes qui s'amusaient à gratter la guitare, à chanter, créer des pièces de théâtre... Tous nos loisirs étaient consacrés à l'organisation de petits spectacles. Parmi nous, Michel Grisolia qui était alors compagnon de classe de mon petit frère. Plus tard, devenue étudiante, j'ai continué la guitare que je jouais d'oreille d'après le piano. Je la trimbalais partout où j'allais et j'interprétais mes propres compositions sans jamais imaginer qu'un jour j'en ferais mon métier. A l'époque, la chanson n'était rien de plus que mon passe-temps favori. Un jour, j'habitais alors Nice, un concours de circonstances a voulu que je remporte un crochet à Monte-Carlo. Montée à Paris pour y terminer mes études, j'ai parallèlement à celles-ci, débuté en cabaret. J'ai fait «l'Ecluse», «l'Echelle de Jacob»... pour ensuite, rencontrer Françoise Mallet-Joris. Du coup, la psycho ne m'intéressait plus du tout, je ne pensais plus qu'à la chanson. Devenir psychologue ne faisait plus partie de mes objectifs. Et la «vieille équipe» formée par Marie-Paule Belle et Michel Grisolia de bénéficier de la collaboration de Françoise Mallet-Joris? Lorsqu'on est deux à bien s'entendre, l'arrivée d'une troisième personne effraie toujours un peu. Nous craignions, Michel et moi, qu'elle vienne rompre un équilibre. Erreur monumentale dans notre cas puisque Grisolia et Mallet-Joris, tous deux auteurs, se complétaient merveilleusement. Ce trio a fonctionné de nombreuses années. Michel a alors quitté la chanson pour rédiger ses propres polars et autres romans. Françoise et moi nous sommes retrouvées seules dans une relation de deux auteurs-compositeurs. Parallèlement, j'ai écrit avec d'autres amis dont Pierre Delanoë et Pierre Jolivet. Il est un fait que ma rencontre avec Françoise Mallet-Joris constitue un immense tournant davantage amical que professionnel, ce dernier ayant tenu et tenant toujours la seconde place. «Prenez Mireille et Barbara, ajoutez-y un zeste d'Yvette Guilbert et vous trouverez une Marie-Paule Belle sortie de derrière les pianos»... Pascal Sevran vous a-t-il bien décrite? C'est en tout cas joliment dit et ça fait plaisir. De plus, il n'y a dans son énumération que des personnes que j'aime. J'ai toujours voué une grande admiration à Barbara et, évidemment, à Yvette Guilbert dont j'ai interprété quelques chansons. Selon moi, Yvette Guilbert est la première diseuse qu'on a connue en France et à coup sûr, la première artiste française qui se soit exportée à l'étranger. Elle a fondé une école aux Etats-Unis. Quant à Mireille, dont les chansons ont fait le tour du monde, j'ai eu la chance de la rencontrer dans diverses réunions de chanson française organisées par le Ministre de la Culture. Laquelle de vos chansons se rapproche le plus de Marie-Paule Belle? Sans hésiter «Quand nous serons amis» parce qu'il s'agit d'une histoire qui peut arriver à n'importe qui, vivre une forte passion qui se transforme en complicité. Personnellement, j'ai toujours été attirée par ce qui est romantique, voir triste ou désespéré. Probablement comme nombre de gnes qui font rire! Pour moi, chaque chanson est une parcelle de mon vécu. C'est d'ailleurs pour cette raison que je suis incapable de chanter sur commande ou encore d'interpréter des choses que je ne ressens pas. Une chanson fétiche? «La Parisienne» est une chanson que je n'ai jamais réussi à ôter de monrépertoire. Parfois, il m'est arrivé de l'oublier volontairement, mais le public était là pour me rappeler à l'ordre! Cette chanson est ma carte d'identité. Sans elle, la salle manifeste son mécontentement donc je la lui dois puisqu'aujourd'hui encore, le public identifie Marie-Paule Belle à travers elle. Propos recueillis par Chantal Renson. |