«Les gens peuvent
venir me dire qu'ils m'aiment tant qu'ils voudront. Je ne vis que
de cela». Françoise
Boulianne
«Je fais de la
chanson typiquement française, ce qui explique peut-être que je suis
encore là aujourd'hui. Mes chansons se situent en dehors des modes.
Mais j'ai vécu des périodes d'éclipse, cependant, quand je m'absentais
médiatiquement pour faire des tournées en province et à l'étranger.
Lorsque je m'en suis aperçue, je suis revenue avec un spectacle au
piano, pour retrouver encore plus de dépouillement, d'intimité, de
sincérité. Je me rends compte que plus on se dépouille et on se montre
à nu, mieux cela passe.
»Je n'avais pas
visualisé le succès. Quand il est arrivé, j'ai été très étonnée. La
première fois, c'était un maçon sur un échafaudage qui sifflotait
L'âme à la vague, une chanson mélancolique en plus! J'avais composé
cette mélodie sur mon petit piano, dans mon petit grenier, et soudain
elle m'avait dépassée, elle avait franchi les portes. J'ai trouvé
cela magique! Et puis, quand les gens viennent vers vous avec un sourire,
un élan du cœur, c'est très émouvant. Comme si on avait une grande
famille.
»J'ai pris un
peu de recul lorsque je me suis rendu compte que je devenais un paquet,
que je ne décidais plus de ma vie, que je n'étais plus qu'une chose.
On me donnait mon planning, on me disait: demain tu fais ci ou ça,
on me fourrait dans un avion, c'était devenu impossible. Je chantais
dans les stades de football, les fêtes de la bière, je faisais de
la variété très populaire à ce moment-là. Cela m'a promenée partout,
cela a mis ma tête dans la tête des gens, ce qui fait que j'ai pu
durer, même quand les médias ne s'intéressaient plus à moi. C'était
donc en fin de compte positif.
»Pour moi, une
carrière, c'est rester soi-même tout en évoluant avec son temps. Rester
dans sa propre vérité, ne jamais tricher. Rire et pleurer avec le
public pendant une heure et demie, c'est extraordinaire. Le public
me fait vivre. Il y a des gens qui sont très gênés de me demander
des autographes. Je leur dis que cela ne me lasse pas, qu'ils peuvent
me dire qu'ils m'aiment tant qu'ils le voudront. Je ne vis que de
cela. Ce sera terrible, le jour où on ne m'en demandera plus. Cela
voudra dire que je n'existe plus en tant qu'artiste. Cet échange-là,
je l'aurai perdu et il est si fort, pour l'instant, que rien ni personne
ne le remplace. Je vous rassure: je n'ai pas l'intention de chanter
jusqu'à 80 ans avec des rides partout. Barbara, Gréco, Dietrich, c'est
vrai, ont chanté longtemps. Mais elles, ce sont des mythes! Moi, je
ne suis pas encore un mythe. Et je ne le serai probablement jamais:
cette époque est révolue. Enfin, on en reparlera dans vingt ans!»
Elle donnera
un récital le 9 mai, à l'Alhambra de Genève: Marie-Paule Belle chante
Barbara.