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Belle
sans bémol
Rencontrée
à l’heure du thé, Marie-Paule Belle s’allonge sur le sofa et se
raconte. La chanteuse française est actuellement en tournée.
Emmanuel Coissy
mars
2006 Quand,
au volant, cette petite dame attend benoîtement que le feu passe
au vert, les chauffeurs de la file parallèle la regardent hilares,
la pointent du doigt ou la saluent. Cette petite dame est une pointure
de la chanson française. La plupart l’imaginent ruant dans les brancards
ou «à faire la gaudriole», comme elle le confie avec un sentiment
mitigé. Il n’en est rien. Elle aime la distinction et le calme.
Certes, elle souffle parfois le chaud et le froid, mais sur scène
uniquement. Par respect, on lui donne du «Madame». Elle tranche:
«Appelez-moi "Marie-Paule". "Madame", c’est un peu trop cérémonieux,
non?» Marie-Paule Belle s’est redressée, son verbe est net.
Le verbe, justement… «La musique et les mots sont indissociables»,
dit-t-elle. «Pour faire une bonne chanson, du moins. J’ai un cahier
dans lequel je jette parfois quatre vers puis j’en parle avec mes
collaborateurs. J’ai eu la chance de rencontrer des grands paroliers
comme Pierre Delanoë ou Jean-Jacques Debout (N.d.l.r. le mari de
Chantal Goya) et encore beaucoup d’autres qui sont de véritables
poètes. L’un d’entre eux a en particulier accompagné ma vie musicale:
Michel Grisolia, qui nous a quittés voilà un an. Nous formions un
clan à trois avec Françoise Mallet-Joris et de cette intimité naquit
exaltation et facilité à composer. Mots, musique et amour, tout
est mêlé.» Son répertoire est à l’image d’une vie, car, selon elle,
les artistes doivent «témoigner du quotidien», le transfigurer à
la place de ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Elle prend pour
exemple le thème de l’euthanasie qu’elle aborde lors de son tour
de chant.
Bien au-delà des mots, l’abattage de Marie-Paule Belle étonne. «L’école
du cabaret, c’est la base. J’ai débuté à L’Ecluse et à L’Echelle
de Jacob, à la suite de Cora Vaucaire, de Barbara et en même temps
que l’humoriste Popeck. A l’époque, les jeunes venaient au cabaret
pour chahuter. Il fallait improviser, convaincre, s’imposer devant
un public exigeant. J’appartiens à une génération qui se réclame
de la chanson réaliste, même si ses accents mélodramatiques nous
faisaient nous tordre de rire.»
Du réalisme
à la TV réalité
Trait d’union générationnel dans les années 70, l’acmé de son succès,
elle jette un regard mitigé sur l’actualité musicale: «Il n’y a
rien de nouveau dans la soi-disant "nouvelle chanson française"
qui manque cruellement d’émotion. Je ne me vois pas décrocher mon
téléphone pour faire appel à la nouvelle génération d’auteurs. Par
contre, je ne peux pas critiquer la Star Ac’, car j’ai débuté par
un radio-crochet. J’habitais Nice et j’étais très convenable, après
avoir étudié le piano. Alors il fallait tenir le choc quand je chantais
dans un studio et que le public à moitié beurré votait par téléphone.»
Ne cachant pas qu’elle a, en janvier, fêté 60 ans, Marie-Paule,
serait-elle passéiste? «Non, je n’aime pas mes anciens disques:
trop formatés pour les besoins de la popularité. On m’enferme dans
des tubes tels "La Parisienne" qu’on me réclame toujours et "Wolfgang
et moi" (N.d.l.r qu’elle ne chante plus malgré le jubilé du divin
Salzbourgeois). Mon dernier album* me correspond davantage: la voix
seule accompagnée du piano dans les conditions du live. Aujourd’hui,
je regarde la télé pour me tenir au courant. J’aime beaucoup les
chanteuses Chimène Badi et Nolwenn Leroy pour qui je composerais
volontiers. Mais ce dont je raffole vraiment à la télé, c’est Complément
d’enquête, Zone interdite, Capital, Les experts et New York unité
spéciale.» Un territoire humoristico-morbide dont son répertoire
est empreint, et qui la fait rire. «Pourtant je suis une angoissée,
quand tout va bien, je me dis que ça va finir. Et quand je déprime,
j’ai peur de la réussite. Il est vrai que cet état d’esprit est
aussi lié au fait que j’ai traversé une période creuse de dix années
pendant lesquelles j’ai dû suspendre ma carrière. Aucun disque et
aucun plateau de télé. Bien sûr, j’aimerais à nouveau connaître
le grand succès d’antan, mais je ne vis pas dans l’utopie.» Elle
parle aussi de l’actualité des «Monologues du vagin», pièce qu’elle
interprète (en alternance avec l’actrice Firmine Richard) aux côtés
de Micheline Dax. Elle nous dit son chagrin suite au décès de la
chanteuse Barbara, combien cette amie lui manque. «Je n’ai jamais
arrêté de chanter, ni de défendre mes opinions, je me bats pour
la différence, contre l’indifférence avec des mots simples. Evidemment,
cela a contribué à m’étiqueter. En mai 68, j’étudiais la psycho
à Paris – on croyait recréer le monde. De plus, j’étais dans le
comité d’action du candidat François Mitterand. Donc on m’a collé
l’image de la gauchiste, féministe et homosexuelle de service. Beaucoup
de mouvements homos m’ont demandé de devenir leur porte-drapeau.
Je dois refuser cette récupération au nom de ma liberté. Je suis
libre. Aujourd’hui, je continue mon chemin, mais je ferme ma gueule.»
Hormis sur scène et pour notre plus grande joie.
Marie-Paule
Belle
*Album «Un pas de plus»
Editeur Musicast – L’autre prod
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