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Biographie de BELLE Marie-Paule

COMME UNE PRINCESSE TRAVESTIE

En plus de 30 ans, Marie-paule Belle a interprété quantité de chansons merveilleuses. Leurs textes, souvent signés Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia, rivalisent sans peine avec ceux de Bénabar, Vincent Delerm ou Alain Souchon. Comme Michel Berger ou Serge Gainsbourg, Marie-Paule sait composer des mélodies variées, à la fois efficaces et subtiles. Comme Juliette, elle est une pianiste épatante et une remarquable interprète. Pour toutes ces raisons, il serait gênant de ne l’associer qu’à La Parisienne, son tube de 1976.

Née en 1946, Marie-Paule Belle grandit à Pont-Sainte-Maxence, puis à Nice où sa famille s’établit en 1954. Sa mère, très bonne pianiste, insiste pour qu’elle apprenne le piano dans le plaisir. En grandissant, Marie-Paule commence à composer et écrire des chansons avec Grigri, son ami « presque frère ». A un peu moins de 20 ans, elle participe à un concours de chansons. Alors que la mode est au yéyé et à l’opérette, elle gagne avec une titre de grave, Point de vue de Jean Arnulf.

Son statut de petite vedette locale vaut à Marie-Paule Belle de graver deux chansons sur un 45 tours : Tout vient à point et Il n'y a rien à comprendre. Malheureusement, son contrat lui est rendu faute de ventes suffisantes. Marie-Paule n’en éprouve qu’une déception passagère et entame des études de psycho. Mais la tragique et prématurée disparition de sa mère, des suites d’un cancer, agit comme un détonateur. Se rendant compte que le précieux amour de celle-ci l’empêchait paradoxalement d’oser réaliser ses désirs, Marie-Paule quitte Nice pour Paris. Elle plaque ses études, refuse une alléchante proposition de travail dans le marketing et décide, à 23 ans, que sa vie sera faite de musique.

Après plusieurs auditions, elle est embauchée dans deux cabarets de la rive gauche, L’échelle de Jacob, et L’écluse où Brel, Barbara, Brassens et Ferré ont débuté. Elle retrouve Grigri alias Michel Grisolia, monté lui aussi à Paris. Tous deux recommencent à écrire des chanosns ensemble, ainsi qu'ils l'avaient fait durant leur adolescence. Un super 45t paraît en 1971 : avec Le judas, Gertrude, Si j'étais veuve et La rêveuse, la personnalité artistique de Marie-Paule Belle commence à s'affirmer.

Marie-Paule Belle se lie ensuite d’amitié avec la romancière Françoise Mallet-Joris. Elles et Michel Grisolia décident rapidement de travailler ensemble. C'est une telle osmose qu'on ne sait qui de Michel ou Françoise a écrit les textes. Par ailleurs, les textes que commence à chanter Marie-Paule, bien qu'écrits par ses complices, reflètent parfaitement ses sentiments, voire son histoire personnelle.

Après un passage en lever de rideau à Bobino, Marie-Paule est invitée à la télévision par Philippe Bouvard. L’impact de l’émission se fait rapidement sentir : un premier album sort en 1973, un deuxième l’année suivante. Chacun comprend quelques titres amusants (Wolfgang et moi, C’est encombrant l’amour) et de nombreuses ballades raffinées (Trans Europ Express, Un peu d’angoisse et de café, Grappe de raisins et la déchirante Les petits dieux de la maison, dédiée à sa mère).

Marie-Paule se voit décerner le prix de l’Académie Charles Cros en 73 et celui de la chanson française à Spa en 74. En 75, elle part en tournée en première partie de Serge Lama, qui lui apprend les ficelles du métier. Deux albums paraissent en 76. La chanson La Parisienne, au texte désopilant et à la musique 1900, remporte un immense succès. Néanmoins, elle occulte des titres tout aussi réussis, mais plus sensibles : Celui, La Louisiane, Antonio Carlos Maria Brésil, Quand nous serons amis ou Je veux pleurer comme Soraya. Le même phénomène se reproduit avec l’album Almanach 78 : on retient surtout du disque la fantaisie des Petits patelins.

Ne souhaitant pas être prisonnière du rôle de chanteuse comique, Marie-Paule publie en 1979 un album où dominent textes profonds et mélodies racées, comme L’enfant et la mouche, Comme les princes travestis, Berlin des années 20 ou Que tu ne m’aimes plus.

Durant la première moitié des années 80, Marie-Paule Belle se produit beaucoup sur scène, où son talent prend toute sa dimension. Parallèlement paraît en 1980 un album incluant J’ai perdu un ami, dédiée à Michel Grisolia qui se consacre désormais davantage à ses activités de romancier et de scénariste. En 1982 sortent Paris fais-toi faire un lifting et Mon premier album, un disque de vieilles chansons françaises dont La biaiseuse. C’est un nouveau succès, mais Marie-Paule se sent de moins en moins à l’aise dans l’univers cloisonné de la chanson.

De 1985 à 1989, elle publie néanmoins Sur un volcan (avec les superbes Oiseaux bleus) et L’Heure d’été, ainsi que quelques 45 tours. Après avoir écrit son autobiographie, joué dans une pièce de Labiche et travaillé sur une comédie musicale, Une bonne action de Lucrèce Borgia, Marie-Paule décide de se faire rare.

Il faut attendre 1994 pour la revoir dans une petite salle parisienne. Ce spectacle intime met si bien en valeur la sensibilité de l’artiste que toutes les critiques sont dithyrambiques. Forte de ce succès, Marie-Paule Belle publie le CD du spectacle, Il n’y a jamais de hasard – live 95, et continue à faire de la scène, notamment aux Francofolies de La Rochelle et de Montréal.

Après Quand tu passes en 1999, Marie-Paule décide d’interpréter Barbara sur scène. Le pari est périlleux : il faut réussir à s’approprier ces chansons si belles, si personnelles, tout en n’offensant pas le public intransigeant de Barbara, disparue en 1997. Marie-Paule Belle y parvient avec brio. La tournée s’étale sur plusieurs années, et le disque Marie-Paule Belle chante Barbara est également un succès.

Fin 2004, Marie-Paule publie son plus bel album, Un pas de plus, la retranscription fidèle d’un spectacle donné au Théâtre de Dix heures. Les nouvelles chansons, dont une bouleversante sur l’euthanasie, côtoient les anciennes, sublimées par la formule piano-voix.

En 2005 et 2006, Marie-Paule est à nouveau sur scène, mais au théâtre cette fois. Elle joue dans le succès international qu'est la pièce Les monologues du vagin.

Trop souvent, on préfère rendre hommage au talent comique de Marie-Paule Belle plutôt qu’à ses talents d’interprète, de compositrice et de pianiste. Il faut pourtant reconnaître pleinement la grâce cette princesse travestie en clown : elle est une de nos plus grandes artistes francophones.

Benjamin Husson pour Télé Melody
 
     
 
       
 URL originale: http://www.melody.tv/bios_detail.asp?id=7