A la fête nationale Suisse au Mont-Sutton (Qc) en 2006.

Pattypat, c'est mon nom de plume sur l'internet (oui, j'ai quelques histoires en anglais sur la toile. Rien d'extraordinaire). Dans une pièce de théâtre que j'ai adorée (avec Jean Poiret) qui s'appelait "Le Canard à l'Orange", le mari disait de sa secrétaire "elle s'appelle Patricia mais on l'appelle Pattypat". Ça s'est imprimé dans ma mémoire (comme beaucoup de répliques de la dite pièce!).

Je suis née en Suisse, dans le canton de Neuchâtel. J'ai ensuite vécu dix ans à Genève avant de partir pour le Canada à l'âge de 25 ans. Je n'y venais qu'un an pour y apprendre l'anglais à Toronto. Et puis une autre année, à Montréal. Et une autre. Et puis en 2007, j'y suis toujours. J'ai la double citoyenneté (Suisse et Canadienne) et maintenant chez moi, "c't'icitte", sur la rive Sud de Montréal.


J'ai terminé l'école à Genève et je suis devenue télégraphiste aux PTT à l'âge de 17 ans. Depuis mon arrivée au Canada, j'ai fait pas mal de boulots, commençant par fille au pair, commis de bureau, commis comptable et guichetière dans un théâtre. Puis j'ai passé six ans à l'Agence Spatiale Canadienne en tant que planificatrice de mission satellite. Maintenant, je suis analyste au bureau d'aide informatique chez Pratt & Whitney depuis 2004.

Comment j'ai connu Marie-Paule Belle?

Marie-Paule a souvent été une source de conflit avec ma mère. D'abord, ma mère l'appréciait, donc moi (en pleine adolescence), fatalement je n'aimais pas. Je me souviens même d'un soir où j'étais retournée dans ma chambre en claquant la porte parce que ma mère voulait voir Marie-Paule sur une chaîne et moi je voulais voir Gilbert Bécaud sur une autre. Et puis un jour, je revenais du bureau et j'ai vu des affiches annonçant la venue prochaine de Marie-Paule en ville. J'en ai fait part à ma mère qui m'avait répondu "oh, je la supporterais pas deux heures". Alors moi, esprit de contradiction bien présent, je suis allée m'acheter un billet. Comme ça, juste pour embêter ma mère.

Et le 19 octobre 1979 au Victoria-Hall de Genève, quelque chose s'est produit. Marie-Paule commençait son spectacle avec "Je Rêve". Ok, ça partait mieux que prévu, en ce qui me concernait. La première partie s'achevait avec "Les Princes Travestis". Le choc. J'étais la, béate et pensive, complètement conquise. Après le spectacle, Marie-Paule signait ses disques dans un couloir plein de courant d'air alors qu'elle n'était déjà pas trop en santé. Rencontrer cette petite bonne femme plein d'énergie et de gentillesse a été la goutte d'eau: c'était fait. J'étais devenue une fan de Marie-Paule. Oui oui, je dis bien "fan" et non admiratrice. J'y reviendrai plus bas.

Pendant des mois, il n'y avait sur ma platine que du Marie-Paule Belle. Au grand dam de ma mère qui soudainement ne l'aimait plus du tout (j'ai l'esprit de contradiction, mais j'ai de qui tenir!). Par chance pour elle, après une longue crise qui n'a aucun rapport, je suis partie en appartement et elle n'a plus eu à écouter ma stéréo.

Septembre 1980, Marie-Paule revient à Genève, cette fois-ci au Grand-Casino, pour deux soirs. J'ai mon billet chaque soir et j'attends patiemment mon tour pour la dédicace. J'ai vite compris que si on veut parler avec un artiste, il faut laisser passer tous les autres chasseurs d'autographe. Alors le second soir, il ne reste plus qu'une poignée de personnes quand un gars que je ne connais pas fait remarquer à Marie-Paule que le public avait été très enthousiaste. Plus pour moi-même je pense, j'ai laissé tomber "pas mal plus qu'hier en tout cas" et Marie-Paule d'acquiescer avant de s'arrêter net pour me regarder. "Vous étiez là hier?" Couleur pivoine, je réponds que oui, et qu'en plus j'allais monter à Paris le mois suivant pour la voir au Théâtre Des Variétés. Je ne me souviens pas de la suite de la conversation car dès que Marie-Paule me parle, j'ai tendance à perdre mes moyens et mon esprit se brouille. Et oui, encore maintenant.

Octobre 1980, montée à Paris. Première fois que j'allais seule à l'étranger, et en désobéissant à ma mère qui ne voulait pas que j'y aille tant que je n'avais pas 18 ans. Notez que mon anniversaire est le 22 décembre, donc je n'étais vraiment pas loin de mes dix-huit ans, mais pour ma mère, il n'était pas question que je monte à Paris. Tant pis, j'y suis allée. Rencontre avec l'artiste qui m'a reconnue, moi je planais assez haut. Par contre, suite à ça, ma mère ne m'a plus parlée pendant 6 mois.

1981, je suis devenue membre du fan club.. pardon, le club d'admirateurs Les Amis De Marie-Paule Belle. La présidente tenait mordicus à faire la différence. Mais on ne peut éviter les fans, ceux qui prennent toute la place et qui se retourne contre l'artiste s'ils subissent un revers. Sur la fin, quelques années avant que je parte au Canada, le club était devenu plutôt élitiste et nous n'étions plus qu'une poignée d'irréductibles au sein d'un club fantôme.

Au début, j'étais fan, dans tout ce que ça implique d'envahissant. Pardon Marie-Paule. A la différence que, contrairement à certains que j'ai hélas connus, je ne me serais pas félicitée si Marie-Paule m'avait dit sa façon de penser, ni n'aurais pensé à des représailles si elle m'avait repoussée. Après tout, elle a le droit de ne pas aimer tout le monde, particulièrement les fans collants. Heureusement, j'ai appris assez vite à la mettre en sourdine et à faire attention pour ne pas irriter l'artiste lorsque je la voyais. En fait, c'est peut-être paradoxal, mais plus je connaissais Marie-Paule et moins j'avais de contacts avec elle car je voulais qu'elle ait une bonne opinion de moi. Par contre, si la quantité diminuait, la qualité de ces rencontres s'améliorait grandement.

1982, on me proposa de reprendre la direction du journal du fan club. Un peu échaudée par une mauvaise expérience passée, j'ai hésité et finalement accepté. Je le ferai jusqu'à mon départ pour le Canada en 1988. Dès que j'avais congé, je prenais la route pour aller voir Marie-Paule ici et là. Ce que j'ai fait en train au départ (et laissez-moi vous dire que des patelins comme Hayange, en train et en bus, c'est la galère!), je le faisais maintenant en auto. Si Marie-Paule chantait dans un rayon de 300km, j'y allais dans la même journée. Plus loin, je restais à l'hôtel.

1983, j'avais pris mes habitudes lors de mes vacances (et j'en avais environ 10 semaines par année), je rejoignais les techniciens le matin, participais au déchargement du camion et au montage de la scène, passais l'après-midi ailleurs parce que Marie-Paule ne voulait pas de fan pendant les répétitions, et revenais en payant ma place le soir venu. Les techniciens voyagaient la nuit, moi le matin suivant. On s'est lié d'amitié, je les dépannais parfois en prêtant mon auto pour qu'ils aillent chercher les musiciens à la gare par exemple. Marie-Paule faisait beaucoup de fêtes en plein air, fête de l'olive, fête socialiste, fête communiste, bref toutes sortes de galères. Michel Leblanc, le régisseur, me demandait parfois de jouer les garde-du-corp lors de la dédicace quand il s'attendait à du grabuge de la part de certains ayant abusé de l'alcool. Salut Mimi!

A cette même époque, Olivier faisait partie de l'équipe de techniciens. Olivier, un gars extraordinaire avec un coeur "grand comme ça", une générosité et une gentillesse hors du commun. Je l'adore. Et pas seulement parce qu'il est le frère cadet de Marie-Paule. Allez le voir en spectacle, Olivier Runel, vous ne serez pas déçu. Salut Olivier!

Bref, c'est une période où je m'éclatais totalement et à laquelle je repense avec nostalgie. J'adore les coulisses du spectacle et dans les années 80, je faisais d'ailleurs du théâtre amateur dans une troupe qu'un copain et moi avions fondée. J'adore les théâtres. Ils sont vivants, ils ont une âme, ils me parlent. Je suis vraiment heureuse que dans un théâtre, vide ou plein. Plus tard, à Montréal, j'ai aussi fréquenté les coulisses de théâtres et connu un comédien local (salut Gilles!) avec qui j'ai passé beaucoup de temps, mais hélas je n'ai pas réussi à y trouver un métier.

J'ai maintenant 44 ans et je regarde tout ça avec un grain de sel. De bons souvenirs mais on se calme en vieillissant. Je suis toujours une passionnée et je continue à faire mienne cette citation de Mme de Staël: "L'enthousiasme est de tous les sentiments celui qui donne le plus de bonheur". Et je serai toujours là pour Marie-Paule. Ça, elle peut y compter.

Patricia

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