|
J'ai terminé l'école à Genève et
je suis devenue télégraphiste aux PTT à
l'âge de 17 ans. Depuis mon arrivée au Canada,
j'ai fait pas mal de boulots, commençant par fille au
pair, commis de bureau, commis comptable et guichetière
dans un théâtre. Puis j'ai passé six ans
à l'Agence Spatiale Canadienne en tant que planificatrice
de mission satellite. Maintenant, je suis analyste au bureau
d'aide informatique chez Pratt & Whitney depuis 2004.
Comment j'ai connu
Marie-Paule Belle?
Marie-Paule a souvent été
une source de conflit avec ma mère. D'abord, ma mère
l'appréciait, donc moi (en pleine adolescence), fatalement
je n'aimais pas. Je me souviens même d'un soir où
j'étais retournée dans ma chambre en claquant
la porte parce que ma mère voulait voir Marie-Paule sur
une chaîne et moi je voulais voir Gilbert Bécaud
sur une autre. Et puis un jour, je revenais du bureau et j'ai
vu des affiches annonçant la venue prochaine de Marie-Paule
en ville. J'en ai fait part à ma mère qui m'avait
répondu "oh, je la supporterais pas deux heures".
Alors moi, esprit de contradiction bien présent, je suis
allée m'acheter un billet. Comme ça, juste pour
embêter ma mère.
Et le 19 octobre 1979 au
Victoria-Hall de Genève, quelque chose s'est produit.
Marie-Paule commençait son spectacle avec "Je
Rêve". Ok, ça partait mieux que prévu,
en ce qui me concernait. La première partie s'achevait
avec "Les Princes Travestis". Le choc. J'étais
la, béate et pensive, complètement conquise. Après
le spectacle, Marie-Paule signait ses disques dans un couloir
plein de courant d'air alors qu'elle n'était déjà
pas trop en santé. Rencontrer cette petite bonne femme
plein d'énergie et de gentillesse a été
la goutte d'eau: c'était fait. J'étais devenue
une fan de Marie-Paule. Oui oui, je dis bien "fan"
et non admiratrice. J'y reviendrai plus bas.
Pendant des mois, il n'y
avait sur ma platine que du Marie-Paule Belle. Au grand dam
de ma mère qui soudainement ne l'aimait plus du tout
(j'ai l'esprit de contradiction, mais j'ai de qui tenir!). Par
chance pour elle, après une longue crise qui n'a aucun
rapport, je suis partie en appartement et elle n'a plus eu à
écouter ma stéréo.
Septembre 1980, Marie-Paule
revient à Genève, cette fois-ci au Grand-Casino,
pour deux soirs. J'ai mon billet chaque soir et j'attends patiemment
mon tour pour la dédicace. J'ai vite compris que si on
veut parler avec un artiste, il faut laisser passer tous les
autres chasseurs d'autographe. Alors le second soir, il ne reste
plus qu'une poignée de personnes quand un gars que je
ne connais pas fait remarquer à Marie-Paule que le public
avait été très enthousiaste. Plus pour
moi-même je pense, j'ai laissé tomber "pas
mal plus qu'hier en tout cas" et Marie-Paule d'acquiescer
avant de s'arrêter net pour me regarder. "Vous étiez
là hier?" Couleur pivoine, je réponds que
oui, et qu'en plus j'allais monter à Paris le mois suivant
pour la voir au Théâtre Des Variétés.
Je ne me souviens pas de la suite de la conversation car dès
que Marie-Paule me parle, j'ai tendance à perdre mes
moyens et mon esprit se brouille. Et oui, encore maintenant.
Octobre 1980, montée
à Paris. Première fois que j'allais seule à
l'étranger, et en désobéissant à
ma mère qui ne voulait pas que j'y aille tant que je
n'avais pas 18 ans. Notez que mon anniversaire est le 22 décembre,
donc je n'étais vraiment pas loin de mes dix-huit ans,
mais pour ma mère, il n'était pas question que
je monte à Paris. Tant pis, j'y suis allée. Rencontre
avec l'artiste qui m'a reconnue, moi je planais assez haut.
Par
contre, suite à ça, ma mère ne m'a plus
parlée pendant 6 mois.
1981, je suis devenue membre
du fan club.. pardon, le club d'admirateurs Les Amis De
Marie-Paule Belle. La présidente tenait mordicus
à faire la différence. Mais on ne peut éviter
les fans, ceux qui prennent toute la place et qui se retourne
contre l'artiste s'ils subissent un revers. Sur la fin, quelques
années avant que je parte au Canada, le club était
devenu plutôt élitiste et nous n'étions
plus qu'une poignée d'irréductibles au sein d'un
club fantôme.
Au début, j'étais
fan, dans tout ce que ça implique d'envahissant. Pardon
Marie-Paule. A la différence que, contrairement à
certains que j'ai hélas connus, je ne me serais pas félicitée
si Marie-Paule m'avait dit sa façon de penser, ni n'aurais
pensé à des représailles si elle m'avait
repoussée. Après tout, elle a le droit de ne pas
aimer tout le monde, particulièrement les fans collants.
Heureusement, j'ai appris assez vite à la mettre en sourdine
et à faire attention pour ne pas irriter l'artiste lorsque
je la voyais. En fait, c'est peut-être paradoxal, mais
plus je connaissais Marie-Paule et moins j'avais de contacts
avec elle car je voulais qu'elle ait une bonne opinion de moi.
Par contre, si la quantité diminuait, la qualité
de ces rencontres s'améliorait grandement.
1982, on me proposa de reprendre
la direction du journal du fan club. Un peu échaudée
par une mauvaise expérience passée, j'ai hésité
et finalement accepté. Je le ferai jusqu'à mon
départ pour le Canada en 1988. Dès que j'avais
congé, je prenais la route pour aller voir Marie-Paule
ici et là. Ce que j'ai fait en train au départ
(et laissez-moi vous dire que des patelins comme Hayange, en
train et en bus, c'est la galère!), je le faisais maintenant
en auto. Si Marie-Paule chantait dans un rayon de 300km, j'y
allais dans la même journée. Plus loin, je restais
à l'hôtel.
1983, j'avais pris mes habitudes
lors de mes vacances (et j'en avais environ 10 semaines par
année), je rejoignais les techniciens le matin, participais
au déchargement du camion et au montage de la scène,
passais l'après-midi ailleurs parce que Marie-Paule ne
voulait pas de fan pendant les répétitions, et
revenais en payant ma place le soir venu. Les techniciens voyagaient
la nuit, moi le matin suivant. On s'est lié d'amitié,
je les dépannais parfois en prêtant mon auto pour
qu'ils aillent chercher les musiciens à la gare par exemple.
Marie-Paule faisait beaucoup de fêtes en plein air, fête
de l'olive, fête socialiste, fête communiste, bref
toutes sortes de galères. Michel Leblanc, le régisseur,
me demandait parfois de jouer les garde-du-corp lors de la dédicace
quand il s'attendait à du grabuge de la part de certains
ayant abusé de l'alcool. Salut Mimi! 
A cette même époque,
Olivier faisait partie de l'équipe de techniciens. Olivier,
un gars extraordinaire avec un coeur "grand comme ça",
une générosité et une gentillesse hors
du commun. Je l'adore. Et pas seulement parce qu'il est le frère
cadet de Marie-Paule. Allez le voir en spectacle, Olivier Runel,
vous ne serez pas déçu. Salut Olivier! 
Bref, c'est une période
où je m'éclatais totalement et à laquelle
je repense avec nostalgie. J'adore les coulisses du spectacle
et dans les années 80, je faisais d'ailleurs du théâtre
amateur dans une troupe qu'un copain et moi avions fondée.
J'adore les théâtres. Ils sont vivants, ils ont
une âme, ils me parlent. Je suis vraiment heureuse que
dans un théâtre, vide ou plein. Plus tard, à
Montréal, j'ai aussi fréquenté les coulisses
de théâtres et connu un comédien local (salut
Gilles!) avec qui j'ai passé beaucoup de temps, mais
hélas je n'ai pas réussi à y trouver un
métier.
J'ai maintenant 44 ans et
je regarde tout ça avec un grain de sel. De bons souvenirs
mais on se calme en vieillissant. Je suis toujours une passionnée
et je continue à faire mienne cette citation de Mme de
Staël: "L'enthousiasme est de tous les sentiments
celui qui donne le plus de bonheur". Et je serai toujours
là pour Marie-Paule. Ça, elle peut y compter.
Patricia
Mes autres sites:
Photos
d'artistes par Pat
Pattypat
Web Design
Pattypat
Fan Fictions (en anglais)
The
Avengers Library (en anglais)
Pierre
Jean, site officiel
|