CONCERT
Le triomphe de Marie-Paule Belle
Seule avec son piano, l'artiste a présenté hier soir à l'Auditorium
de Lure, qui affichait salle comble, un tour de chant chargé d'émotion.
Des larmes aux rires, elle a installé son univers sur une scène
qui a mis en lumière son talent. « Sur scène, on ne peut pas
tromper le public. Dans un tel cadre, il n'y a pas de barrière,
la liberté est grande. Lorsque tu dînes en amoureux, en tête-à-tête,
les regards sont plus langoureux que lorsque tu te retrouves avec
une dizaine de convives », expliquait hier à Lure Marie-Paul
Belle, parfaitement détendue, une heure avant un concert très
attendu. Un peu plus tard, 200 personnes n'avaient d'yeux que
pour elle. Après 20 années passées sur scène entourées de ses
musiciens, Marie-Paule Belle entame sa révolte musicale. Mue par
son intuition, elle opte pour le piano-voix, une formule déjà
utilisée avec succès par William Scheller. Dans une atmosphère
intimiste, avec pour seul décor un bouquet de fleurs, elle débute
son tour de chant luron par « J'ai la clef, j'ai l'argent,
j'ai le sourire». Les textes sont de Pierre Jolivet, l'air
est gai, mais il n'en sera pas toujours de même. Dans la salle,
qui aurait pu accueillir bien plus de monde encore, les premiers
rires fusent. Oui, l'artiste est bien telle que beaucoup l'avait
imaginée. Elle a son franc-parler, mais surtout un franc-chanter
que beaucoup ont regretté, l'espace de quelques années de silence,
avant un retour triomphal en 1994 sur les scènes parisiennes.
Elle avoue que l'accueil de l'époque, une « standing ovation
» alors qu'elle n'avait pas encore commencé à chanter, restera
gravé dans sa mémoire comme un des plus beaux souvenirs de sa
carrière.
Merci Marie-Paule
Le cliché de « La Parisienne » lui a souvent collé à la
peau. Qu'importe si à une époque, elle a voulu s'en défaire, prouver
que derrière cette carte d'identité très populaire se cachait
une femme de sentiments. « Sur scène, je me met complètement
à nu », concède t-elle, de la passion dans les yeux. Comme
sur cette oeuvre de Barbara « Il pleut sur Nantes », qu'elle
interprète en versant quelques larmes : « Son histoire n'est
pas la mienne mais elle peut se transposer dans ma propre réalité».
Son père, décédé, est encore bien vivant dans ses pensées. Les
gestes, la voix, les notes qui l'accompagnent, un regard toujours
plein d'expressions : tout concoure à plonger l'assistance dans
le monde d'une chanson française décidément inusable. Ses plus
grands succès, ses nouveautés les plus exquises, ont précédé
« La Parisienne». Une reprise en choeur, des rappels nourris
bien vite satisfaits, puis le rideau s'est abaissé, trop, beaucoup
trop rapidement. Qu'importe, les dédicaces allaient raviver une
flamme qui n'est pas prête de s'éteindre. A Lure, le charme avait
agi. Comme pour résumer un hommage collectif, une voix s'est alors
élevée de la foule : « Merci Marie-Paule». Chapeau
l'artiste...
Dans une atmosphère intimiste, Marie-Paule Belle a livré hier
soir au public luron ses plus grands succès, entrecoupés de nouveautés
des plus savoureuses.
SYLVAIN MICHEL
|