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Hommage
- Destins croisés |
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Musiques : Marie-Paule BELLE
Paroles : Françoise MALLET-JORIS et Michel GRISOLIA
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Générique
: deux filles et un garçon… |
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Il
était une fois, une belle fois, deux auteurs et
une compositrice, qui, comme il se doit, fusionnèrent
en chanson, sous la houlette d'un éditeur producteur
tout aussi inspiré : il en résulta beaucoup de succès
et encore plus de "chansons d'album", de ces perles
rares qu'on trouve au verso des disques, entre les
lignes des tubes, enfouies sous les plages noires
de nos vinyles. Une équipe qui venait prolonger
la grande saga des "familles musiciennes" : Amade/
Delanoë/Vidalin et Gilbert Bécaud, Roda-Gil/ Vallet
et Julien Clerc, Delanoë/ Lemesle et Joe Dassin,
et, dans ce cas-là, Françoise Mallet-Joris, Michel
Grisolia, Marie-Paule Belle et Max Amphoux (éditions/productions
Allo Music). Flash back sur une tranche de vie,
une page d'or de la chanson française que d'aucuns
gagneraient à rouvrir au plus vite, pourquoi pas
à l'occasion d'une intégrale CD curieusement inexistante.
Car, outre le bonheur d'écrire, de chanter, de vivre
qu'elle respire, cette oeuvre exceptionnelle se
singularise par un savoureux mélange des genres,
chansons qui rient, chansons qui pleurent, ou –souvent
les meilleures- douce amères à l'italienne, celles-ci
éclipsant parfois celles-là. "Toutes les chansons
ont des tiroirs", disait un jour Etienne Roda Gil.
Les carrières aussi, et toute oeuvre est à redécouvrir
quand elle est habitée, puisée si profondément,
sous ses airs légers.
Deux femmes, un homme : par quel biais trois chemins
deviennent- ils un jour un destin, et par là même
une petite page de notre histoire intime ? Comment
en arrive-t-on à cette "griffe" légendaire de nos
meilleures pochettes d'hier : "musique : Marie-Paule
Belle/ Paroles : Françoise Mallet-Joris-Michel Grisolia"
?
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Les «années
Belle» : de la côte d'Azur à l'Ecluse |
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"Merci
de nous avoir fait tant rire". Quand ce compliment
figure dans votre carnet scolaire en fin de troisième,
trois solutions s'offrent à vous: persister dans
une voie si prometteuse en faisant plus tard une
thèse sur Bergson, épingler le dit livret au mur
comme un trophée de chasse ou le faire disparaître
dans un caniveau à la façon d'Antoine Doinel chez
Truffaut. Marie-Paule Belle, elle, en a fait des
chansons. Certes, notre héroïne essaya bien de biaiser
avec le destin, et poussa même les études jusqu'à
une thèse de doctorat en psychologie sur "L'angoisse
et l'expression". Mais c'est l'expression qui l'emporta,
non sans trac d'ailleurs, et elle renonça à devenir
le docteur Belle, psychothérapeute, qui n'aurait
jamais été que... le 48ème médecin de sa famille,
pour faire l'artiste ! Autant dire le clown, qui
fut d'ailleurs le titre d'une de ses toutes premières
chansons d'adolescente. Mais attention ! Ce clown
était triste, et cette dualité, parfois même ambiguïté,
qui sera le lot de bien des amuseurs, l'accompagnera
toute sa vie, faisant à la fois sa force et sa faiblesse.
Car dans le cas des femmes d'humour, naguère si
rares, le problème est complexe : pas facile de
rire d'une fille, encore moins de la prendre après
au sérieux.
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Mais
si cette niçoise d'origine corse, qui a un-je-ne-sais-quoimutin
d'Yvette Guilbert et a grandi entre ses "trois B"
à elle (Barbara, Brel et les Beatles), est devenue
Parisienne et soeur de Mozart à vie (Wolfgang
et moi), matraquée dans tous les patelins de
France, elle a heureusement plus d'une corde à son
piano, plus d'un trésor dans ses bagages. Des dizaines
de chansons secrètes, mélancoliques ou acidulées,
qui n'attendent plus qu'une réédition, et presque
autant d'inédits. Avez-vous jamais entendu ou réécouté
La petite écriture grise, Les petits dieux de
la maison, Un peu d'angoisse et de café, Café Renard,
Beauté de banlieue, Ces lettres auxquelles on ne
répond pas, L'enfant et la mouche, L'odeur de l'herbe,
Comme les princes travestis, L'âme à la vague, Vieille,
Compiègne ? Elles n'ont rien à envier à Quand
nous serons amis, La Louisiane, Je veux pleurer
comme Soraya, Celui, Sans pouvoir se dire au revoir...
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Lorsqu'elle
regardait sa mère jouer au piano, Schumann, Schubert,
les romantiques allemands, Marie-Paule entrevoyait
parfois derrière la femme traditionnelle, l'épouse
dévouée de médecin, "un autre visage plus nostalgique,
plus rêveur, penché sur ce qui aurait pu être...".
Sans doute pressentait-elle aussi dans ce tableau
quelque peu proustien sa propre destinée toute tracée,
trop tracée, de médecin, épouse de médecin, peut-être
d'avocat, qui se pencherait à son tour sur son clavier
devant ses propres enfants, des années plus tard,
à pianoter une valse de Chopin. Tout ce à quoi elle
voulait confusément échapper, depuis quelques années
déjà qu'elle esquissait des chansons avec son copain
d'enfance Grigri, alias Michel Grisolia, et s'était
même présentée au "Chapeau", un radio-crochet de
Télé Monte-Carlo, qu'elle gagna avec leur fameux
"Clown", première oeuvre commune au tableau d'honneur.
Mais aurait-elle eu le cran de franchir le pas si
sa mère n'avait aussi brutalement disparu, la mettant
à 20 ans face à ses responsabilités de femme ?
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Un
bien joli titre, Les petits dieux de la maison,
extrait de cette collection privée qui relie comme
une famille fervente les amateurs de grandes chansons,
évoquera plus tard ces années d'ombre et de soleil,
entre un père souvent absent et une mère presque
omniprésente, un peu comme on retrouve une photo
des jours heureux entre les pages d'une nouvelle
vie ("J'ai encore les larmes dans la voix quand
je chante cette chanson, car je la vois très précisément").
Et dieu sait que la vie parisienne dépaysera
sérieusement cette fan d'Offenbach et du Sergent
Pepper's débarquant dans le Saint-Germain d'après
68. S'il est vrai, comme elle le chante et l'affirme,
"qu'il n'y a jamais de hasard", on ne pourra qu'être
troublé par ces "heureuses rencontres" qui jalonnent
alors sa carrière, d'un remplacement inespéré chez
Bouvard à un autre tout aussi impromptu à Bobino,
à commencer par le piano de Barbara, devant lequel
elle se retrouve à l'Écluse en janvier 1970, comme
à un rendez-vous avec son destin. Personne n'y avait
touché depuis la longue dame brune et la demoiselle
de Nice s'accompagnera quelque temps à la guitare
avant de devenir à son tour, en tout bien tout honneur,
"chanteuse de minuit", puisqu'elle se produit aussi
en fin de programme.
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"Tout
mon destin a suivi celui de Barbara. Quand j'étais
adolescente, j'étais fasciné par ce qu'elle racontait,
je connaissais ses chansons par coeur (Pierre...).
J'appréciais particulièrement la sensualité de son
écriture, ses petites phrases tellement féminines,
qui parlaient de la sensation, du frisson, du regard,
du toucher même (Juste à la pointe du sein, Ta
main qui me frôle). Quand je suis arrivée à
L'Ecluse, on m'a dit que personne n'avait touché
le piano depuis son départ ! Je l'ai juste changé
de sens, pour avoir le public à ma droite. Nous
avons eu le même accompagnateur, Roland Romanelli,
le même éclairagiste, Jacques Rouveyrollis, et puis
je l'ai rencontrée lors d'un disque collectif à
but humanitaire, La chanson de la vie, suscité
par Alice Dona. Elle m'avait surnommée "Duracell",
comme le petit lapin de la pub. C'est grâce à elle
et à Brel que je chante. Quelques mois avant sa
mort, je l'avais appelée pour lui dire que je reprenais
Nantes, et elle m'a dit "c'est un cadeau
que tu me fais" ! Et puis nous avons parlé de notre
rapport au piano... Quatre jours avant de partir,
le jeudi, elle m'avait dit: "Je vais m'occuper de
toi", et je suis sûre qu'elle l'a fait, parce que
les choses bougent pour moi depuis (rire) ! ".
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Pendant ce
temps-là, Michel, entre septième art |
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Tous
ceux qui ont aimé le cinéma dans les années 70 se
souviennent de ses critiques : passionné de grand
écran et de polars, donc de thrillers, ce niçois
a fait ses débuts de journaliste à la revue "Cinéma"
(70,71,72…), au Nouvel Observateur, à "Elle", au
"Journal du Dimanche", à "Première" et enfin à "L'Express"
où il fut chargé de la rubrique des romans policiers
et officie encore comme critique TV. Ses chroniques
sont brillantes, incisives, mordantes, du journalisme
haut de gamme.
Parallèlement, il publie ses premières nouvelles
policières dans "Le Journal du Dimanche", "Mystère
Magazine", puis "Le Magazine du Mystère" et enfin
"Le Monde" et "Cosmopolitan"... Car notre homme
est un polyvalent de la plume : parallèlement à
ses travaux d'auteur, ou co-auteur de chansons avec
Françoise et Marie-Paule, il s'attaque au roman,
qui le ramène bien vite au cinéma, côté cour. Son
premier ouvrage, L'inspecteur de la mer deviendra
à l'écran Flic ou voyou, avec Jean-Paul Belmondo,
et on le retrouve bientôt scénariste ou adaptateur
dialoguiste : Je vous aime de Claude Berri,
L'étoile du nord de Pierre Granier-Deferre,
Le choix des armes, d'Alain Corneau, dont
il tirera d'ailleurs un roman, Le grand frère
de Francis Girod, etc.
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Journaliste,
scénariste, écrivain, parolier, il marche sur les
traces des Labro, Lanzman and co, à sa façon. A
chaque année son livre ou presque : Barbarie
Coast (1978), Haute mer (1980), Le
choix des armes (81), La petite Afrique
(83), Les guetteurs (83), L'homme devant
le square (Prix Katherine Mansfield -84), L'homme
aux yeux tristes (86), La madone noire
(86), Les soeurs du nord (Grand Prix du roman
d'aventures -86), La chaise blanche (Prix
Roland Dorgelès-86), Question de bruit ou de
mort (87), 650 calories pour mourir (87),
La promenade des Anglais (87) et bien d'autres
à venir… Mais pour le moment, il coécrit avec une
certaine… Françoise Mallet-Joris une bonne centaine
de chansons qui feront date dans l'histoire de la
"variété française", comme on dit dans les magasins
: "Michel, confia plus tard Marie-Paule, c'était
un autre frère pour moi. Il venait très souvent,
dormait très souvent à la maison, nous prenions
nos repas ensemble… Ensemble, on s'est mis à la
chanson. Nous écrivions des choses bizarres, un
peu morbides, très drôles. Nous adorions l'humour
noir". Françoise apportera à cet univers adolescent
son soleil, qui n'a pas fini de nous éblouir.
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Et vint Françoise,
voix mélodieuse et sourire des mots… |
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Car
LA grande rencontre de Marie-Paule, c'est bien sûr
Françoise Mallet-Joris, avec laquelle elle partagera
plusieurs années une étonnante maison d'artistes
digne de la "famille musicienne" de Trénet, à deux
pas de son cabaret, rue Jacob. Dans cette "maison
de papier" que l'écrivain transforma d'ailleurs
un jour en best-seller, les chansons poussent en
effet comme des fleurs, d'un étage à l'autre, du
piano du premier à celui du second, et sont même
prétextes à des petites fêtes de la musique entre
amis, montées comme de vrais spectacles, d'abord
pour rire, puis pour de vrai (mais toujours pour
rire !).
"Habitant tous ensemble, nous avions des disques
en commun, Damia, Berthe Sylva, Yvette Guilbert...
Nous avions fait un cahier de chansons et nous reprenions
des classiques, des airs de la Commune etc. lors
de soirées. La chanson drôle m'est venue comme ça
: de ma passion pour Offenbach et des comédies musicales
qu'on préparait pour le soir de Noël. Françoise
écrivait tout en vers, distribuait les rôles en
fonction des demandes, son mari faisait les décors,
un ami danseur réglait la chorégraphie, on répétait
trois mois, on invitait les amis etc. La parisienne
est née d'un mystère situé dans les années 1900
qui s'appelait Le sabot de l'orpheline !
Voilà comment nous en sommes venues à écrire : pour
moi qui avais abordé à neuf ans la chanson comme
un jeu d'enfant, c'est l'amusement qui continuait
!"
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C'est
dans cette ambiance enchantée, digne d'une comédie
musicale, que le trio, Michel, Françoise et Marie-Paule,
va écrire en quelques années tout le répertoire
de la chanteuse. Car Entre la sudiste aux doigts
enchantés et la nordiste à la voix mélodieuse, au
sourire apaisant, entre la brune vibrante et la
blonde diaphane, le courant passe immédiatement,
et suscite même un style, délicieusement intemporel,
atypique, qui s'inspire autant des excentriques
d'avant guerre que des chanteuses réalistes, fleure
bon le goût du répertoire et flirte aussi bien avec
l'humour que l'amour, nourri d'une multitude d'observations
quasi quotidiennes, de "choses vues", senties et
ressenties. De la rue de la Harpe, sa première adresse,
à son appartement du Marais, c'est le ping-pong
des chansons, comme s'en souvient à son tour Françoise
: "Nous nous lancions à la tête des idées, des mots,
des notes. Nous ne dissocions pas les unes des autres
: Marie-Paule proposait un fragment de musique,
nous jetions au hasard des bouts de phrases qui
s'y accrochaient ou non…Là était le jeu. Après venait
le laborieux artisanat : penchés sur l'établi, Michel
et moi tentions de retrancher, de bâtir, cette petite
chose fragile et précise qu'est une chanson, ce
petit battement de coeur éphémère qui doit durer
trois minutes et demie environ…".
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A
la différence de ses jeunes compères, Françoise
a déjà une longue histoire, couronnée de succès
: née à Anvers dans les années 30, elle a de qui
tenir, puisqu'elle est la fille de l'avocat et ministre
Albert Lilar et de l'écrivaine Suzanne Lilar, membre
de l'Académie royale de Belgique. Dès l'âge de 10
ans, elle commence à écrire de petits romans, tout
en lisant beaucoup (Tolstoï, Balzac, Rilke, Proust).
A 16 ans, elle publie ses premiers poème (Poèmes
du dimanche) sous le nom de Françoise Lilar,
encouragée par Bernanos, avant de partir aux USA
où elle se marie et a un enfant. A 21 ans, en 1951,
elle publie chez Julliard son premier roman, Le
rempart des béguines qui, en abordant le thème
de l'homosexualité féminine, fait scandale et ouvre
la voie d'une longue lignée de succès. Représentante
du baroque flamand en littérature, par le foisonnement
des situations et des personnages, le mélange de
réalisme et de lyrisme, sacrée par Emile Henriot
"meilleure des jeunes romancières de ce temps",
elle situera plusieurs de ses ouvrages dans cette
ville d'Anvers qui constitue à la fois son point
de départ et d'arrivée, en quelque sorte son port
d'attache : Le rempart des béguines et sa
suite La chambre rouge (1954), Les mensonges
(1956-Prix des Libraires), Cordelia (nouvelles-1956)...
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Suivront
L'empire céleste (Prix Fémina 1958), Les
personnages (1961), Lettre à moi-même
(1963), Marie Mancini (1964, Prix Monaco),
Les signes et les prodiges (1966), Enterrer
ton regard (1966), Trois âges de la nuit
(1968), La maison de papier (1970), Le
jeu du souterrain (1973), Allegra et
Jeanne Guyon (1976), Dickie roi (1980),
Un chagrin d'amour et d'ailleurs (81), Le
clin d'oeil de l'ange (83), Le rire de Laura
(85) et bien d'autres livres où elle s'efforce de
débusquer" la parcelle de vérité que chacun porte
en soi" aux prix d'une perpétuelle introspection.
Comment ne pas citer ici, juste pour le plaisir,
des titres aussi évocateurs que Le roi qui aimait
trop les fleurs (1971), Les feuilles mortes
d'un bel été (1973) ou La tristesse du cerfvolant
(1988) ? Femme de coeur et de foi, cultivant le
sens de la famille (elle a deux filles), des racines,
elle écrit volontiers dans les cafés, au fil de
ses pérégrinations (d'Anvers à Paris, puis à Bruxelles),
des notations toutes intimes, et respectera longtemps
une vraie discipline de travail, oeuvrant de… cinq
heures du matin à treize heures ! Enfin dans les
années 70, au moment même où elle passe du comité
Fémina à l'Académie Concourt (1971), elle se lance
donc, avec Marie-Paule et Michel, dans l'aventure
de la chanson, qui lui donne un nouveau souffle
en même temps qu'ils réinventent le genre à quatre
mains.
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Max, Françoise,
Michel : |
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En
une dizaine d'années, le trio va ourdir, écrire,
sept albums sous la houlette d'un jeune éditeur-producteur,
Max
Amphoux, qui vient de quitter les éditions de
la maison Philips pour monter sa propre société,
Allo Music, bientôt associée à Hachette,
et qui deviendra vite le quatrième mousquetaire
de l'équipe... Passionné de musique, homme de terrain
comme fin connaisseur de la psychologie artistique,
nature tendre sous un cuir rude, Max veille aux
chansons comme un véritable ange gardien : il anticipe,
envisage, imagine, supervise, négocie. Il produit.
Et tout le monde d'écrire de conserve, de donner
le meilleur de sa plume ou son clavier ; les musiques
collent aux mots, les appellent, les habillent,
les subliment, bref, elles parlent aux gens : "Françoise,
Michel et moi, confie Marie-Paule, avions trois
personnalités différentes, donc chacun rebondissait
sur ce que proposait l'autre, on sentait la chanson
se construire, jusqu'à ce qu'on arrive à une forme
définitive. Il faut bien se connaître, ne pas avoir
de pudeur dans ces cas-là, ne pas avoir peur d'aller
jusqu'au bout de l'idée, quitte à dire des bêtises.
Ce qui donne de grands éclats de rire dans les chansons
tristes ! Car j'ai besoin de partager l'écriture,
du répondant des autres. En général, je lance des
idées, je note des phrases. Je suis moins littéraire
que Françoise, mais je compense par l'émotion. L'avantage
avec elle, c'est qu'à la différence d'autres écrivains
qui n'auraient pas supporté qu'on change une virgule
à leur oeuvre, elle est tout en musique, donc très
malléable.
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Elle
peut garder une idée, la transformer, et sait rester
de qualité tout en étant populaire, faire descendre
dans la rue des choses très bien écrites. Étant
mélodiste, j'ai en effet besoin d'un début de texte
pour composer, et après c'est aux auteurs de s'adapter,
de préférence sur des nombres de pieds impairs,
pour éviter l'ennui. Et puis Françoise est très
forte dans la construction, la structure de la chanson:
comme une publicité, il faut développer une idée
en trois minutes, la répéter sous des angles différents.
Moi, c'est plus l'image, le flash, le mot, l'expression
qui va accrocher l'oreille, alors j'ai un cahier
plein de bouts de chansons". Tout est dit, et l'on
connaît le résultat : une pléïade de tubes à la
fois populaires et intelligents, qui vont faire
les beaux jours de Polydor, Bobino and co, faire
la nique à la "nouvelle chanson française" qui déferle
à ce moment-là dans les bacs et les postes. Loin
de casser la langue, de la déstructurer, nos amis
la bouleversent en douceur, lui font de beaux refrains,
moins classiques qu'il y paraît d'abord. Ils donnent
corps aux sentiments, nous font des scènes de vie
remplies d'abeilles, de bigoudis, de cafés, de lettres,
de flippers, de dés à coudre, de grappes de raisin
et de vieilles dames qui s'estompent : "Les petits
dieux de la maison/Un jour ont choisi de se taire/D'autres
mains rangent le salon/Mais où est ton amour ma
mère/Devant ce silence et ce froid/Ton ombre m'apparaît
parfois/ Cherchant s'il n'y a rien à faire/Comme
un ange un peu maladroit" (Les petits dieux de
la maison).
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Chansons célèbres, |
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Tout
débute en 1973 avec un album sorti chez Sonopresse,
Ca m'est égal, réalisé par Max Amphoux, arrangé
par Hervé Roy, contenant notamment : Wolfgang
et moi, Trans Europ express, L'âme
à la vague. L'année suivante, elle transforme
l'essai avec le 30 cm Café Renard : Les
petits dieux de la maison, Un peu d'angoisse
et de café, L'hiver des coeurs…
En 1976, paraît, chez Polydor cette fois, un troisième
opus, Celui, où l'on retrouve La Parisienne,
La Louisiane, Des marques de doigts, Les
dessins d'enfants… Une bonne cuvée ! La même
année (!), Marie Paule sort un quatrième album,
Maman, j'ai peur, avec le superbe Quand
nous serons amis, Je veux pleurer comme Soraya,
Jersey-Gernesey, La matraque… Toujours le mélange
des genres, mi-figue, mi-raisin. En 1978, c'est
l'évènement des Petits patelins, avec, outre
ce titre, La petite écriture grise, Vieille ,
Mes bourrelets d'antan. L'équipe, gagnante ,
réussit tout ce qu'elle touche de la plume.
Puis en 1979 Berlin des années 20, avec Comme
les princes travestis, L'enfant et la mouche, Débranche
ton soleil, Que tu ne m'aimes plus, Berlin des années
20, Moujik russe , L'alibi de la libido (arrangements
Hervé Roy/Michel Bernholc, Jean Musy)… Encore une
réussite, parfait équilibre entre les différentes
couleurs de leur palette.
En 1980, c'est l'album Patin à roulettes.
Puis en 1982, Marie-Paule, qui a changé d'équipe
deproduction, publie chez Carrère un disque de reprises
des années folles, Mon premier album, avec
notamment La biaiseuse, Du gris, Les petits pavés,
suivi de l'album Paris, fais-toi faire un lifting
où Michel n'apparaît plus, mais où Françoise
continue, cosignant notamment des titres avec Pierre
Delanoë et Pierre Jolivet.
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Suivront
un album public en 1983, Sur un volcan en
1985, L'heure d'été en 1989, un "live 95"
(avec l'excellent Mais où est-ce qu'on les enterre
?, toujours de Françoise), et Une autre lumière
en 2000, avec de nouvelles collaboration (Laurent
Ruquier, Isabelle Mayereau) et en 2001, un disque
hommage à la chanteuse de ses débuts, Barbara. Chansons
à quatre mains, signées tantôt Mallet-Joris/Grisolia
(en majorité, notamment tous leurs succès), tantôt
Mallet-Joris seule, qui restera fidèle jusqu'au
bout, et d'ailleurs inégalée : leurs écritures se
confondent, s'épousent, se répondent si bien qu'on
aurait du mal à les démêler, à reconnaître qui a
trouvé quoi et réciproquement. A eux trois, nos
larrons constituent un remarquable auteur-interprète,
plébiscité par tous et partout.
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Leur
parcours s'accompagne en effet d'une multitude de
récompenses et de concerts, car Marie-Paule est
une formidable femme de scène, pétillante, électrique,
irrésistible : après l'Echelle de Jacob,
l'Ecluse et autres galères des débuts, premier
Bobino en 1973 et Prix de l'Académie Charles Cros
en 1974, Prix de la Chanson Française à Spa en 1975,
tournée avec Serge Lama (qui lui écrit un titre
: Mon nez), Festival de Bourges, disque d'or
en 1977 avec La Parisienne, Olympia en 1978,
Théâtre des Variétés en 1980, Théâtre de la Ville
en 1985, et des tournées internationales… Sans oublier
les petits écrans : Philippe Bouvard (qui lui donne
sa première chance), Le Grand Echiquier,
et même la BBC… Elle publie son autobiographie en
1987 (Je suis parisienne, ça me gêne), joue
Labiche au festival d'Avignon en 1988, fait le Théâtre
de Dix Heures en 1994, les Francofolies en 1995,
refait le Théâtre de Dix Heures en 1997, donne son
hommage à Barbara en 2002… Et le spectacle continue
! Cela s'appelle une carrière, avec ses hauts et
ses bas, mais un éternel invité aux rendez-vous
: le talent, répertoire oblige !
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En guise d’épilogue
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Depuis
ces beaux jours, Michel Grisolia a beaucoup écrit,
tout le temps, à la première et à la troisième personne
: au cinéma, il a continué avec J'embrasse pas
(1990) pour André Téchiné, Délit mineur (1993)
et Passage à l'acte (1995) pour Francis Girod,
A travers la nuit (Gaël Morel) et Vidange
(Jean-Pierre Mocky -1996), Sang neuf de Régis
Wargnier et La soutane turquoise de Jean-Pierre
Mocky (2000)… Pour la télévision, il a participé
à diverses séries, d'Imogène à Maigret,
dont il a signé plusieurs épisodes ces quatre dernières
années, en collaboration avec Laurent Heynemann
ou Pierre Granier-Deferre, mais aussi à de nombreux
téléfilms : Les soeurs du nord (Joël Santoni),
Histoires d'ombres (Denys Granier-Deferre),
S.O.S disparus (6x50'), 650 calories pour
mourir, La règle du silence, Premières neiges, Pour
le meilleur et pour le pire… Mais c'est surtout
en littérature qu'il "fournit" le plus, dans la
foulée de ses premiers succès : Coup de feu dans
la nuit et Nocturnes en mineur (1988),
L'amour noir (1990), Le mystère de l'abbé
Moisan (1991), Les seconds rôles (1992),
La justice de l'abbé Moisan (1993), La
petite Afrique, La maison mère et Délit mineur
(1994), L'excelsior et La petite amie
du crime (1995), L'été rouge et L'apôtre
des Indes (1997), Juliette Gréco et Les
jardins du tigre (Prix de la Société des Gens
de Lettres -1999). Autant dire que notre homme,
par ailleurs chroniqueur TV à l'Express, est très
productif, sinon prolifique, ce qui ne l'a pas empêché
d'écrire naguère au passage une poignée de chansons
pour Régine, Fabienne Thibault, les Etoiles…
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Françoise
Mallet-Joris, elle non plus, n'a jamais cessé d'écrire
depuis un demi siècle : citons parmi ses dernières
oeuvres La tristesse du cerf-volant (1988),
Adriana Sposa (1990), Divine et Le
souterrain (1991), Des larmes (1993),
La maison dont le chien est fou (1997), Sept
démons dans la ville (1999), qui aborde le thème
très actuel de la pédophilie, La double confidence
(2001), sur la poétesse Marceline Desbordes-Valmore
et sa propre histoire… Rappelons enfin qu'outre
ses fonctions d'auteur, elle a été directrice de
collection chez Julliard, lectrice chez Grasset,
puis Gallimard, et viceprésidente de l'Académie
Goncourt depuis 1973. Obsédée par la mort et la
création, elle a confié un jour : "Pour moi, ce
n'est pas de mourir qui m'angoisse, c'est de mourir
sans y avoir consenti… Ce n'est pas d'écrire qui
m'angoisse, c'est d'écrire sans abdiquer… Ce métier,
ces enfants, sont-ce tout simplement les rouages
d'une machine à vivre, rien de plus ? Y a-t-il une
raison de vivre cette vie, la mienne, celle-ci plutôt
qu'une autre, ou, elle aussi, momifiée, classifiée,
se déroulet- elle automatiquement, issue de la machine
comme un lon ruban de papier marqué de hiéroglyphes
?". Toujours, en tout cas, par delà les épreuves
et les frontières, elle restera fidèle à Marie-Paule,
aux "années de papier", en chansons et en tendresse.
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Cette
dernière, on le sait, a continué sa route, qui passe
souvent par son cher Théâtre de Dix Heures, où elle
recréa avec brio Barbara, comme au premier jour.
En attendant de nouvelles aventures. De Juliette
à Jeanne Cherhal, elle a même fait des disciples,
pianistes caustiques qui font la fête au verbe.
Quant à Max Amphoux, le quatrième larron de l'histoire,
il connut de nombreux succès, fit bien d'autres
rencontres, d'Allo Music en Emma Music et Max Music
(Jeanne-Marie-Sens, Alain Bashung, Vivien Savage,
Sabine Paturel, Bibie, Enzo Enzo, la Grande Sophie,
Derien…), mais sans doute bien peu d'aussi harmonieuses,
habitées, inspirées que ces années Belle(s),
ces nuits blanches passées au légendaire studio
Davout, à accoucher l'un des plus beaux talents
féminins de ces trente dernières années, à accompagner
l'une des plus fines équipes de la chanson française
contemporaine. Imaginez un peu leur frisson le jour
où jaillit, dans un torrent d'accords et de rires,
Wolfgang et moi ou La Parisienne…
C'est parce que certaines chansons naissent dans
le bonheur qu'elles nous en inspirent autant, depuis
si longtemps, parce que des gens comme ces trois-là
se sont trouvé qu'ils ont fini par nous rencontrer,
et ne plus nous quitter.
Pierre ACHARD |

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